Le pouvoir du silence

En marchant dans les hauteurs de Grandvaux, un village niché dans le vignoble de la riviera vaudoise en Suisse, le paysage grandiloquent et pittoresque m’invite à côtoyer un moment de paix et de sérénité. Absorbée par un message texte qui aurait pu attendre une heure, je me suis soudainement perdue dans le tumulte des mots, déconnectée de la splendeur environnante. Cette scène illustre bien notre réalité actuelle : un monde saccadé, saturé de distractions sonores, visuelles et numériques, où le bruit et la sur-connexion règnent en maîtres. Smartphones, réseaux sociaux, applications diverses, notifications ; les technologies modernes sont omniprésentes dans notre quotidien et sollicitent sans relâche notre attention, créant des dépendances et perturbent notre sérénité. La question est : « à qui profite cette hyperconnexion ? » Aux entreprises, pour qui une accélération et une rapidité de traitement augmentent leurs profits ? Au système global aligné sur une échelle temporelle ? A l’individu, pour éviter l’intériorisation de soi ? A notre système de croyance de « junkie du stress[1] » ?

 

Dans ce chaos incessant, comment retrouver des havres de paix ? Comment, avec des approches innovantes et pratiques, se réapproprie-t-on son silence intérieur dans un monde bruyant et hyperconnecté ? Nos modes de vie aux allures faciles semblent paradoxalement en grande partie à l’origine de notre mal être ; Il a été prouvé que cette surstimulation permanente a des effets néfastes sur notre santé mentale, physique et émotionnelle. Des études neuroscientifiques montrent que l'exposition continue au bruit et à l'information numérique affecte le cortex préfrontal, responsable de la prise de décision et du contrôle de soi, entraînant une réduction de notre aptitude à se concentrer et à gérer le stress. En effet, les perturbations sonores continuent et les distractions digitales réduisent les capacités liées à l’attention et augmentent les niveaux de cortisol, l'hormone du stress, dans notre corps. Au niveau mental, la récupération après des périodes de stress est rendue plus difficile. Physiquement, ces nuisances perturbent notre sommeil, déstabilisent nos cycles circadiens et augmentent notre vigilance nocturne. Socialement, la surstimulation numérique nous empêche d'être pleinement présents avec nos proches, altérant la qualité de nos interactions et accentuant notre sentiment d'isolement. Les interactions en face à face, essentielles à la libération de l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, se raréfient, se voyant remplacées par des échanges à l’essence « binaire », dépourvus parfois d’une interaction physique.

 

Par conséquent, ces instants de quiétude ont des bénéfices sur l’humain. Le calme, la paix, le silence permettent la régénération, la réduction du stress et l’amélioration de la clarté mentale. Ces moments de sérénité offrent une pause nécessaire au cerveau, permettant de consolider la mémoire, de favoriser la réflexion profonde et de réduire la surcharge d'informations. Par ailleurs, d’autres recherches montrent que le silence stimule la créativité, la neurogenèse dans l'hippocampe, une région clé pour l'apprentissage et la mémoire. Il aide également à réduire les niveaux de cortisol, favorisant ainsi une meilleure réponse immunitaire. Ces études montrent également que, dans un environnement de silence, le cerveau est plus apte à générer des idées nouvelles et innovantes, un état qui favorise aussi l'introspection et la résolution créative de problèmes. Se « dé-connecter » permet ainsi de se « reconnecter » à soi, à notre essence et aux autres. Ces moments de silence ne sont pas des vulnérabilités mais des oasis, des espaces ressources, pour notre esprit. Son pouvoir est immense, et trop souvent sous-estimé », dans un monde bruyant et hyperconnecté ; il est essentiel à notre bonheur. Ce bonheur est la bonne heure, le bon moment pour centrer son attention sur ce qui permet de se régénérer, c’est un espace dans un train en marche à grande vitesse. De ce fait, l’innovation, de nos jours, est la simplicité de l’ici et le maintenant. C’est également en intégrant des pratiques qui favorisent le calme, la méditation, la pleine conscience, la nature, la marche…. Transformez, traduisez et développez vos danses intérieures en exigeant des moments sans technologie, exigez des pauses singulières, particulières adaptées à vos besoins. Que votre silence se fasse entendre.



[1] Dans une recherche sur l’épuisement professionnel, j’ai traduit des pratiques d’individus sur la dépendance au stress comme une drogue dont on ne peut plus se passer « junkie du stress ». On cherche cette sensation euphorique et qui pousse le cerveau et le corps dans un état d’hypervigilance et que la diminution du stress peut être complexe.